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La vie sans magasin

ÉCRIT PAR : Linda Rosenbaum
PUBLIÉ LE : 4 avril 2016

Les liens entre les membres de notre petite communauté de 650 âmes sont tissés serré. Comme aucun magasin n’a pignon sur rue dans l’île, nous avons appris à dépendre les uns des autres. Au début, il y a 150 ans, cela se faisait par nécessité, puis, petit à petit, le recours aux autres est passé dans les mœurs. Avant de nous priver de quoi que ce soit, notre premier réflexe est de nous adresser à nos voisins.

Aujourd’hui, tous les insulaires sont tour à tour emprunteurs ou prêteurs, aidants ou aidés. Chaque jour ou presque, une sonnette retentit, chez nous ou ailleurs. Personne ne se sent mal d’ainsi quémander. Notre culture, fondée sur le prêt, le partage et l’entraide, nous semble aller de soi. Quelle différence toutefois avec l’anonymat des grandes villes!

Vous vous demandez sûrement pourquoi nous n’accumulons pas de stocks de marchandises chez nous, pour pallier toute éventualité.

Sachez que nos maisons, souvent anciennes, n’ont pratiquement pas d’espaces d’entreposage. La plupart n’ont pas de grenier. Sans compter que, bâties sur un banc de sable, elles sont dépourvues de sous-sols. Si nous creusons trop vaillamment, nous tombons à l’eau! Et, comme aucun insulaire n’a d’auto, nous n’avons pas de garage non plus. Bref, il nous faut beaucoup d’imagination pour ranger les achats que nous faisons en ville. Vous comprendrez que, même avec la meilleure des volontés, douze rouleaux d’essuie-tout ou deux gros sacs de nourriture pour chiens se cachent difficilement dans un salon.

On nous demande souvent : « mais, que faites-vous quand il vous manque vraiment quelque chose? » Eh bien, le système D fait également partie des mœurs. Par exemple, si quelqu’un s’invite chez nous sans crier gare, on coupe la tourtière en plus petits morceaux pour que tout le monde en ait.

Si aucun voisin ne peut nous dépanner, on peut aussi avoir recours au babillard communautaire en ligne, destiné aux habitants de l’île : MyNeighbours.

On y trouve tous les jours des demandes, du genre : « Auriez-vous avez un matelas gonflable à me prêter? J’attends la visite de mes petits-enfants » ou « Quelqu’un aurait de la coriandre fraîche pour ma soupe tonkinoise? » Les réponses fusent et le problème se règle en quelques minutes : « Coriandre trouvée! »

On a aussi appris à se débrouiller avec ce qu’on a, et à demeurer zen. On mange la soupe tonkinoise sans coriandre et on respire par le nez.

Ah oui, j’oubliais : on a un magasin, un seul. Il s’agit d’une petite bicoque en bois, bricolée plutôt que construite, qu’on surnomme « The Bridge Boutique » – parce qu’elle est située à côté du pont reliant deux de nos îlots. On y apporte des objets ou accessoires en surplus, comme des vêtements pas trop usés, d’anciens exemplaires de magazines, des jouets, des romans policiers déjà lus ou de la vaisselle. Tout y est gratuit. Nous y « magasinons » tous. Certains, à l’affût de « nouveautés » y vont chaque jour.

Recycler, réutiliser, transformer. Une autre de nos traditions!

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