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Robinson Crusoé, Tom Hanks et moi

ÉCRIT PAR : Linda Rosenbaum
PUBLIÉ LE : 28 avril 2016

Les gens sont souvent étonnés d’apprendre que je réside sur une île au large de Toronto. Pour eux, il s’agit d’un choix bizarre et peu pratique. Je le sais, car ils me demandent systématiquement : « Mais, qui habite dans les îles de Toronto exactement ? », et, d’un même souffle : « Et… pourquoi ? » Deux bonnes questions.

Laissez-moi d’abord vous rassurer : nous ne sommes pas tous membres d’une secte fermée et obscure. Nous ne sommes ni des Robinson ni des naufragés. Et nous ne menons pas une existence oisive aux crochets de la société.

Toutes sortes de gens habitent ici, y compris des enseignants, des avocats, des charpentiers, des pompiers, des plombiers, des profs d’université, des retraités et une ou deux infirmières. Bon nombre d’insulaires sont des artistes ou des écrivains.

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Je vous invite d’ailleurs à connaître trois des nôtres, l’excellent peintre Frank Meyer, ainsi qu’Anne Barber et Brad Harley, les fondateurs du théâtre Shadowland, récipiendaire de nombreux prix.

Selon mes calculs, nos 262 maisons de bois réparties sur les îles Ward et Algonquin abritent entre 600 et 700 habitants (en comptant les humains, les chats, les chiens, les ratons laveurs et quelques coyotes). Notre petite communauté est nichée dans un vaste parc régional appartenant à la ville de Toronto.

Certaines de ces familles vivent dans l’île depuis des générations. C’est le cas de l’un de nos voisins, Bill Ward, dont les ancêtres se sont installés ici dans les années 1800 pour pratiquer leur métier de pêcheurs. D’ailleurs, l’île Ward a été baptisée en leur honneur.

Plusieurs familles ont élu domicile dans les îles de Toronto à la fin des années 1960 ou au début des années 1970. À l’époque, les modestes maisons de bois de l’île n’étaient pas chères et l’avenir incertain. Le gouvernement provincial, qui était propriétaire des terrains sur lesquels ces maisons étaient érigées, avait des plans grandioses de développement dans ses cartons. Il souhaitait exproprier et démolir les habitations existantes, sans égard aux 150 ans d’histoire de la communauté.

Les insulaires se sont regroupés. Éloquents et tenaces, ils ont lancé une campagne de défense des droits sous le slogan « SAVE ISLAND HOMES ». Ils obtinrent un fort soutien populaire des Torontois et des médias locaux. Grâce à tous ces efforts, le gouvernement provincial fut obligé de plier et, au début des années 1990, il conclut des baux emphytéotiques de 99 ans avec les habitants de l’île, pour l’usage des terrains. Nous ne sommes donc pas propriétaires des terrains, mais nos maisons nous appartiennent.

Nous avons choisi de vivre ici pour différentes raisons. Certains s’y sont installés pour vivre dans un environnement « vert », paisible et sans pollution automobile. D’autres y ont vu l’endroit idéal pour élever une famille en sécurité. De grands sportifs aiment la proximité de l’eau pour y faire du canot, du kayak ou de la voile. D’autres apprécient les kilomètres de sentiers et de pistes cyclables.

Quelle que soit la raison initiale pour laquelle nous sommes devenus des insulaires, je crois que nous apprécions tous la simplicité et le calme de notre hameau et la chaleur de ses habitants. Nous dépendons les uns des autres pour notre confort et notre bien-être. Nous gardons sans hésiter les enfants des voisins et nous apportons des repas chauds aux malades. Nous sommes unis par un fort sentiment d’appartenance et d’engagement.

Dans le fond, nous sommes le contraire des héros mythiques, isolés sur une île déserte et appelés à se défendre seuls contre les éléments et la vie sauvage !

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